Freddie Rokem, Visiting Professor au département Theater & Performance Studies de l’Université de Chicago, soutient dans son ouvrage que la relation entre théâtre et philosophie n’est pas une affaire abstraite. Les philosophies spéculatives commettent une erreur quand elles évoquent le théâtre selon l’idée qu’elles se font du théâtre sans prendre en compte son existence scénique.
Situations avec spectateurs. Recherches sur la notion de situation de Nicolas Ferrier commence par une réflexion sur le spectateur, observé dans un état de passivité, fasciné par un monde qui tourne au rythme de la marchandisation, dont le désir est structuré par une frénésie de consommation. Cet état empêche le sujet-spectateur de prendre le monde « en souci », c’est-à-dire d’entretenir un rapport avec lui qui permette que les mots et les actes aient un sens (ce vers quoi, a contrario, l’art nous pousse). Le langage, l’art et la culture sont littéralement consommés par le sujet passif, alors qu’ils sont saisis, réinventés par un sujet dont l’activité lui permet une réappropriation. Ainsi, le spectateur, qu’il soit passif ou actif, se caractérise par sa relation au sens, relation qui s’établit au sein d’une situation.
Recension : Olivier Neveux, Politiques du spectateur. Les enjeux du théâtre politique aujourd’hui, Paris, La Découverte, 2013.
Inséparable de la notion d’émancipation et de transformation de la réalité, ancrée dans l’Histoire, se cristallisant dans des événements, la politique est pratique et productive : elle s’incarne dans des corps, traduit des conflits. Il s’agit alors d’explorer la mise du théâtre sous tutelle de la politique, des théâtres revendiquant une relation déclarée avec la politique et tout spectacle qui conçoit un rapport particulier au spectateur. Quelle relation entretient le théâtre politique avec son public ? Que dit cette relation du monde ?
Alors que la postmodernité se caractérise par une mise en « crise des récits », le théâtre ultra-contemporain ne serait-il pas en train de rebattre les cartes et de réhabiliter d’autres formes de récits pour dire le monde ?
Recension : Muriel Plana, Théâtre et féminin. Identité, sexualité, politique, Dijon, PUD, 2012
Le 9 juin 2013, au Théâtre de Gennevilliers, la compagnie J’ai, composée de Stéphanie Farison, Guillaume Rannou, Juliette Rudent-Gili, Martin Selze, met en scène une enquête dramatisée autour d’un des tableaux de Van Gogh et d’un texte fameux du philosophe Jacques Derrida : « Restitutions. De la vérité en pointure ».
Le spectacle retrace un cheminement de pensée. On passe de plateaux en plateaux, chacun conjuguant une date, un lieu, un personnage. 1886 : Van Gogh peint des souliers. 1905 : Cézanne formule la vérité en peinture. 1935 : Heidegger commente le tableau de Van Gogh dans L’Origine de l’œuvre d’art. 1965 : Meyer Schapiro répond à Heidegger à propos du tableau de Van Gogh. 1976 : la revue Macula demande à Jacques Derrida de commenter la correspondance entre Heidegger et Schapiro. 1978 : Derrida écrit La Vérité en peinture. 2000 : les comédiens de la Compagnie J’ai découvrent le texte de Derrida. 2009 : la Compagnie va au musée d’Amsterdam pour voir le tableau orignal de Van Gogh. 2013 : l’enquête est restituée au Théâtre de Gennevilliers.